Vie publique  

 

Quels étaient les buts de Jésus ?

 

Les mobiles de Jésus étaient complexes. Il semble qu'il ait consciemment interprété deux drames politico-religieux différents : l'un ésotérique - il accomplissait le drame osirien -, l'autre exotérique - il se présentait comme le Messie attendu par les Juifs. Son ministère suggère une stratégie précise, en trois phases : séduire les masses en pratiquant des miracles et des guérisons ; leur promettre, dans ses sermons, un âge d'or (le « royaume des Cieux ») et une vie meilleure ; les amener à voir en lui le Messie annoncé. Les autorités en place étant très susceptibles, il dut exprimer ses prétentions au titre de Messie de façon plus implicite qu'explicite.

Beaucoup admettent désormais que Jésus avaient des ambitions politiques, mais ne voient en cela qu'un aspect secondaire de son ministère. Pour la plupart des gens, toutes religions confondues, Jésus est l'archétype de la bonté et de la bienveillance. Or il n'en fut rien. Un examen objectif des Évangiles révèle un Jésus très différent du moraliste supposé ; en dépit de leur caractère propagandiste, ils donnent de l'homme et de sa doctrine une image relativement inconsistante et floue.
Les enseignements de Jésus, tels que présentés dans le Nouveau Testament, sont contradictoires. Ainsi, il conseille à ses disciples de « tendre l'autre joue », de pardonner à leurs ennemis et d'abandonner leurs biens au voleur qui veut les dérober (Matthieu, 5:39-44), mais il affirme aussi : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée ». (Matthieu, 10:34). Il rappelle le commandement : « Honore ton père et ta mère » (Marc, 7:9-10), mais ajoute « Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc, 14:26). Les théologiens expliquent ces contradictions en affirmant que certaines déclarations sont à prendre au pied de la lettre, et d'autres, comme des métaphores. Le seul problème est que la théologie a été inventée dans le seul but d'évacuer ces contradictions. Les théologiens chrétiens posent comme postulat que jésus était Dieu. Un parfait exemple de raisonnement circulaire : Pour eux, tout ce que dit Jésus est vrai parce qu'il l'a dit, et il l'a dit parce que c'est vrai. Cette théorie ne tient pas s'il s'avère que Jésus n'était pas Dieu fait homme, et les contradictions inhérentes aux propos qui lui sont attribués deviennent patentes.

 

 

Guérisons miraculeuses ou thérapies efficaces ?

 

Au sujet des « miracles », deux « écoles » s'opposent : d’un côté la science, qui conclut que les miracles sont impossibles (et sous-entend l’idée que le personnage nommé Jésus n’a historiquement pas existé) ; de l’autre l’Église, qui considère que la question des miracles ne se discute même pas, puisqu’ils sont d’origine divine : la science ne peut donc y avoir accès. Les deux antagonistes sont d’accord sur un seul point, seule leur analyse est la bonne et ils excluent tout autre possibilité. Mais s’il y avait une troisième voie, globalement inexplorée à ce jour depuis 2000 ans ? Celle d’un Jésus bien réel aux « pouvoirs » de médecin…

D'une part, le terme grec tektôn, utilisé dans les Évangiles pour qualifier l’activité de Jésus, est traduit traditionnellement par « charpentier », mais en réalité, il correspond à un mot araméen (oumân) qui signifie « médecin » ; d'ailleurs, Jésus lui-même s'attribue le titre de médecin (iatros en grec). De même, le titre de « Sauveur » (sôter en grec) était couramment appliqué au médecin à cette époque, et le substantif kurios, toujours en grec, que l'on traduit par « Seigneur » et qui est employé plusieurs fois dans le Nouveau Testament, s'appliquait, au Ier siècle, aux médecins que l’on voulait honorer.

D'autre part, en comparant les guérisons attribuées à Jésus à celles opérées par les meilleurs médecins de l’Antiquité comme Hippocrate, Celsus ou Galien, on trouve d'étonnantes similitudes. Ainsi, concernant l’aveugle de Bethsaïda, Marc (8:22-25) nous apprend que Jésus, en utilisant sa salive, s’y reprend à deux fois pour que l’aveugle voit « tout distinctement ». Si l’apôtre Marc voulait faire de Jésus un Dieu, cautionnerait-il ce détail opératoire plutôt encombrant qui réduit la portée du « miracle » ? De même, Jean (9:1-7) nous détaille parfaitement un acte thérapeutique lorsqu'il nous dit que Jésus fait de la boue avec sa salive avant de l'appliquer sur les yeux de l'aveugle. Or l’on sait que la salive était l’un des remèdes les plus utilisés dans les cas d’ophtalmie, ainsi qu’en atteste, parmi d’autres, Pline l’Ancien.

De plus, on sait que les mots grecs utilisés pour désigner les différentes affections dont parlent les Évangiles sont souvent très imprécis et imparfaitement traduits. Ainsi, par exemple, les mots traduits par « aveugles », « paralytiques » ou « lépreux », n’ont pas exactement ce sens-là dans le texte d’origine ; en grec, ils ont un sens plus large qui s’applique à d’autres affections plus bénignes. De même, le verbe grec utilisé pour décrire l'action de Jésus, therapeuo, et que la plupart des traducteurs ont rendu par « guérir », signifie en réalité « soigner », ce qui est tout de même assez différent.

Enfin, la notion de « miracle » était différente à cette époque que de nos jours : Un événement fortuit mais explicable était aussi appelé « miracle ». Ainsi, quand Jésus guérit le jour du sabbat ou tout travail est interdit, c’est un « miracle » car dans le judaïsme, même quand le médecin soigne, c’est Dieu qui guérit. Si Jésus enfreint la loi mosaïque censée être donnée par Dieu et que les malades sont tout de même guéris, c’est que Dieu l’approuve et marque sa présence par un… « miracle ».

Qu’un charpentier guérisse, c’est forcément extraordinaire, mais qu’un médecin soigne (et éventuellement guérisse), c'est beaucoup moins surprenant…